Depuis presque 40 ans que je suis au milieu de vous, j'ai été témoin de l'évolution qu'a connu cette région sous l'impulsion d'hommes et de femmes qui aimaient leur commune et ses habitants et pas seulement les vieilles pierres.
J'ai vu la transformation des bourgs et des villages qui il y a 38 ans étaient pour la plupart assez tristes. J'ai vu l'évolution de l'agriculture, de l'artisanat … et la chance qu'avait cette région de ne pas manquer de travail ni d'activité.
Pendant cette période, la population s'est considérablement modifiée avec l'arrivée de retraités assez aisés et celle de jeunes refoulés de la côte à cause du prix des logements mais aussi et surtout de jeunes cherchant à travailler dans cette région attirés par le cadre de vie. Population nouvelle et population du terroir ont réussi jusqu'à maintenant à vivre ensemble ou côte à côte sans trop de heurts même si certains arrivants nous prenaient pour des demeurés y compris dans l'Eglise.
Pendant cette longue période ont été célébrés des milliers de baptêmes, des centaines de mariages et plus de 2000 sépultures mais j'ai vu la pratique religieuse s'effriter tout en devenant plus motivée. Il y a pourtant tout un vivier au niveau des enfants, il faut voir par exemple le sérieux avec lequel la plupart se préparent à la première communion. Dommage qu'ils ne sont pas assez soutenus par leur famille pour continuer. Dommage que trop peu de parents aident leurs enfants à donner suite à leur baptême.
La paroisse, c'est aussi des églises et des bâtiments à faire vivre. Le premier chantier que j'ai suivi fut l'aménagement du chœur de l'église d'Herbignac, puis ce fut le tour du presbytère d'Herbignac qui était un taudis quand nous sommes arrivés à trois prêtres pour y habiter. C'est grâce à Charles Moreau, alors maire du pays, qui a mis en œuvre un chantier pour que ce bâtiment soit mieux utilisé, agréable à vivre et pratique pour les rencontres paroissiales. Un autre chantier m'a marqué : celui de l'église de St Lyphard qui menaçait ruine. La réfection a été lancée sous le mandat de Michel Bernard et mené à son terme par Chantal Brière maire à cette époque avec courage et ténacité. C'est avec un pincement au cœur que j'ai dû fermer au fil des années la chapelle de la Ville Perrotin, puis les presbytères de Pompas, Assérac, St Lyphard et en dernier Herbignac repris par la commune. C'est avec un pincement au cœur également que j'ai du fermer, pour des raisons de sécurité, l'église de Pompas. Par contre j'ai apprécié le soutien de Pascal Noël Racine, ancien maire d'Herbignac et Joël Marchand qui malgré quelques oppositions nous ont permis d'acquérir le terrain et les bâtiments qui sont devenus la maison paroissiale. Un dernier chantier qui a été mené à son terme grâce à l'engagement du conseil économique et de beaucoup d'entre vous.
Au cours de cette longue période, la vie du prêtre et la manière de travailler en Eglise ont beaucoup changé. Du curé qui fait tout à l'équipe pastorale et l'équipe d'animation paroissiale il y a eu une évolution bénéfique pour la vie de notre communauté et l'annonce de l'évangile.
J'ai beaucoup aimé travailler avec les animatrices pastorales : Marie-Claire Hermand, qui a essuyé les plâtres, Elisabeth et Sabine, Sylvie, Nolwenn et de nouveau Sabine. Et pour faire vivre la paroisse nous pouvons compter sur plusieurs dizaine de personnes qui sont investies dans l'accueil, la catéchèse, la préparation des sacrements, la préparation de la liturgie du dimanche, la décoration et l'entretien des églises, la crèche, la musique, les chants, l'aumônerie des maisons de retraite, la préparation et la célébration des sépultures, les quêtes, la comptabilité etc. Des compétences, un désir de rendre service, un peu ou beaucoup de temps donné, peu importe! Le peu ou le beaucoup que chacun peut offrir est utile et vital pour la vie de la communauté chrétienne. Un grand merci pour votre engagement si précieux.
On me demande parfois pourquoi je suis resté si longtemps. La raison en son point de départ est triste. Elle vient d'un grave incident qui a laissé des traces physiquement et moralement et qui aujourd'hui encore m'empêche parfois de dormir. Les années passées au centre de secours m'ont aidé à reprendre confiance mais la peur de la foule n'est jamais loin. Un des moyens sûr d'éviter que cela se complique à nouveau était la stabilité et si possible d'éviter tout stress. J'espère que le passage à la retraite va bien se passer.
Ce qui est sûr c'est que je garderai en mémoire tout ce que nous avons pu vivre ensemble, ces gestes fraternels, ces sourires, ces paroles d'encouragement qui mine de rien font énormément de bien. Je voudrai souligner également l'importance du soutien et de l'amitié de Mgr Soubrier.
Tout compte fait, je peux vous dire qu'ici j'ai été profondément heureux dans ma vie d'homme et de prêtre et ce qui compte pour être heureux, c'est, même si ce n'est pas facile, d'aimer les gens et de mettre beaucoup d'amour dans sa vie.
Bon vent à tous!!
Maurice FORTIN